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Résumé en 3 points :
Avec l’intelligence artificielle, certaines recherches, analyses ou productions documentaires peuvent être réalisées beaucoup plus rapidement. Pour les cabinets d’avocats, cette évolution interroge directement les modèles de facturation.
Faut-il facturer moins lorsque l’IA permet d’aller plus vite ? Ou faut-il, au contraire, mieux valoriser la stratégie, l’expérience et la sécurisation apportées par l’avocat ? Les regards croisés d’Ellipse Avocats et de Stack Avocats permettent d’éclairer cette transformation.
La facturation des cabinets d’avocats a longtemps été structurée autour du temps passé. Même si les forfaits, les abonnements ou les modèles hybrides prennent aujourd’hui de plus en plus de place, le temps reste un indicateur important pour suivre la rentabilité des dossiers, mesurer l’investissement des équipes et piloter l’activité.
“Le temps passé, c’est un indicateur de suivi de rentabilité du dossier et/ou de facturation encore aujourd’hui.” Maître Arnaud Pilloix Ellipse Avocats
L’arrivée de l’IA accentue cette évolution. Si certaines tâches sont réalisées plus vite, la question n’est plus seulement de savoir combien d’heures ont été passées, mais comment valoriser l’expertise, la stratégie et la sécurisation apportées au client.
Le temps passé ne disparaît donc pas. Il reste utile pour analyser la rentabilité d’une mission et piloter l’organisation interne du cabinet. En revanche, il glisse progressivement d’un modèle de facturation vers un indice de pilotage interne.
À l’ère de l’IA, la valeur du travail de l’avocat ne peut plus être uniquement mesurée au nombre d’heures passées sur un dossier. Elle doit aussi intégrer la pertinence du conseil, la maîtrise du risque, la capacité à contextualiser la réponse et la responsabilité attachée à l’intervention de l’avocat.
Avec l’IA, un livrable peut être produit plus rapidement. Une recherche peut être accélérée, une première analyse peut être structurée plus vite. Mais le client ne paie pas seulement un document, une note ou un jeu de conclusions.
Il paie une analyse, une stratégie, une capacité à contextualiser, à sécuriser et à prendre en compte sa situation réelle.
Le cabinet d’avocats Ellipse insiste ainsi sur la valeur du conseil, de la stratégie et de la spécialisation :
“Il faut réfléchir non pas au temps passé mais en valeur ajoutée.” Maître Arnaud PILLOIX, Ellipse Avocats
Cette approche conduit à déplacer le centre de gravité de la facturation. Ce qui compte, ce n’est pas seulement le temps nécessaire pour produire un livrable, mais la valeur réelle que ce livrable apporte au client. La qualité de l’analyse, la capacité à anticiper les risques, la pertinence de la stratégie proposée et l’adaptation au contexte du client deviennent des éléments centraux.
Stack Avocats rappelle de son côté que cette valeur se construit aussi dans des temps moins visibles.
“Les heures non facturables sont essentiellement mobilisées pour la relation clientèle, la conquête de nouvelles missions et de nouveaux clients.” Maître Anne PITAULT Stack Avocats
Ces temps ne sont pas toujours rattachés immédiatement à une facture. Pourtant, ils nourrissent directement la qualité du service rendu, la fidélisation des clients, la montée en compétence des équipes et la capacité du cabinet à développer son activité.
La valeur facturée ne naît donc pas seulement au moment où le livrable est produit. Elle est le résultat d’une expertise, d’une organisation, d’une relation client et d’un travail de fond souvent invisible.
“Sur ce dernier triptyque, on ne parle certes pas de temps effectivement chargé et facturable. Par contre, ce sera la facturation de demain.” Maître Hubert BIARD Stack Avocats
L’IA ne crée pas entièrement la difficulté liée à la facturation au temps passé. Elle accentue une limite qui existait déjà.
Maître Arnaud Pilloix montre que la facturation au temps passé peut produire des écarts avant même l’arrivée de l’intelligence artificielle.
“Un avocat très expérimenté qui a 25 ans d’expérience [...] va apporter la réponse la plus efficiente, fruit de son expérience, de sa gestion du risque et de sa connaissance du client ou du marché.” Maître Arnaud PILLOIX, Ellipse Avocats
À l’inverse, un profil plus junior peut passer plusieurs heures pour arriver à une réponse équivalente. Dans ce cas, le temps facturé peut être plus élevé alors que la valeur produite n’est pas nécessairement supérieure.
Ce raisonnement devient encore plus visible avec l’IA. Si un outil permet d’accélérer une recherche ou de produire une première version de document, le temps passé diminue. Mais cela ne signifie pas que la valeur du conseil diminue dans les mêmes proportions.
L’IA ne crée donc pas le problème de la facturation au temps passé. Elle le rend plus visible.
À l’ère de l’IA, la facturation devient une donnée stratégique. Elle ne sert plus seulement à émettre une note d’honoraires. Elle permet aussi de suivre la rentabilité, les dossiers, les temps passés, les honoraires, les débours et la performance globale du cabinet.
“L’intérêt aussi, c’est de pouvoir à la fois avoir accès aux données des dossiers, à la documentation, et que cela fasse le lien avec la facturation.” Maître Anne PITAULT Stack Avocats
Stack souligne ainsi :
“Le fait qu’il y ait cette synchronisation est un gain de temps pour les associés, pour notre assistante administrative et comptable.” Maître Anne PITAULT Stack Avocats
Dans un contexte où l’IA transforme certaines tâches juridiques, le pilotage devient encore plus important. Les cabinets doivent comprendre où se situe leur rentabilité, quels dossiers mobilisent le plus de ressources, quels temps sont réellement productifs et comment mieux valoriser les missions réalisées.
La facturation devient alors un outil de lecture et d’organisation du cabinet. Elle permet de mieux comprendre l’équilibre entre expertise juridique, relation client, gestion interne et performance économique.
L’IA transforme aussi la relation entre l’avocat et son client. Les clients ont désormais accès à davantage d’informations juridiques. Ils peuvent consulter des contenus en ligne, utiliser des outils généralistes d’intelligence artificielle, préparer leurs questions ou prémâcher une problématique avant même de contacter un avocat.
“Une IA généraliste déjà prémâche pas mal de problématiques avec la fiabilité malheureusement qu’on lui connaît et les hallucinations qui parfois aboutissent à des erreurs.” Maître Arnaud PILLOIX, Ellipse Avocats
“Un prompt formulé en français peut avoir pour réponse un fondement juridique belge, suisse francophone [...] en totale contradiction avec les dispositions de droit français.” Maître Hubert BIARD Stack Avocats
Dans ce contexte, le client ne paie pas seulement pour une information juridique brute. Il paie pour une information fiable, contextualisée et sécurisée. Il paie pour la capacité de l’avocat à faire le tri, à vérifier, à interpréter, à mesurer les risques et à proposer une stratégie adaptée.
La question devient alors celle du niveau de valeur attendu par le client.
“Est-ce que le client se satisfait de quelque chose de médiocre [...] ou est-ce qu’il veut de la valeur ajoutée ? Ce n’est pas le même prix.” Maître Arnaud PILLOIX, Ellipse Avocats
Les clients utilisent déjà l’IA et certains anticipent une baisse des coûts lorsque l’avocat gagne du temps grâce à ces outils. Mais cette attente n’est pas uniforme.
Selon les données du CNB, 67 % des clients d’avocats utilisent l’IA dans leur vie professionnelle ou personnelle. Cette appropriation des outils d’intelligence artificielle influence nécessairement leur perception du travail juridique. Si l’IA permet de produire plus vite, certains clients peuvent s’attendre à ce que cette efficacité se traduise par des tarifs plus attractifs.
Ainsi, 46 % des clients d’avocats pensent que l’IA pourrait permettre des tarifs plus attractifs. Ce chiffre monte même à 77 % chez les clients accompagnés par un avocat et “IA-actifs” sur leur dossier.
Cette évolution montre que l’IA ne transforme pas seulement le travail des avocats. Elle transforme aussi la perception du prix par les clients.
D’où l’importance, pour les avocats, de réallouer le temps gagné grâce à l’IA à des dimensions que le client perçoit comme réellement utiles : l’accompagnement, la stratégie, la pédagogie, la sécurisation, la relation client et l’anticipation des risques.
Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de gagner du temps. Il est de rendre visible la valeur créée grâce à ce temps gagné.
L’IA ne conduit pas nécessairement à abandonner totalement le temps passé. Celui-ci peut rester utile pour mesurer la rentabilité interne, suivre les dossiers, comprendre l’investissement des équipes et piloter l’activité du cabinet.
En revanche, il ne peut plus être l’unique base de facturation.
Les cabinets peuvent progressivement aller vers des modèles plus hybrides : forfaits, abonnements, success fees, facturation à la valeur, taux jour ou demi-journée selon les prestations. Chaque modèle peut avoir sa pertinence selon la nature du dossier, le niveau de complexité, la relation avec le client et la valeur réellement apportée.
“Le bon honoraire, c’est l’honoraire qui correspond à la prestation, la qualité de la prestation et au client qui est satisfait de payer cet honoraire-là.” Maître Arnaud PILLOIX, Ellipse Avocats
La facturation de demain ne sera donc pas forcément un modèle unique. Elle reposera plutôt sur une combinaison plus fine entre temps, valeur, pilotage et confiance.