Comment Septeo redéfinit l'IA pour les avocats avec l’ « Intelligence Métier » ?

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24/6/2026
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L'Intelligence artificielle générative bouscule le marché du droit. Mais les outils grand public (ChatGPT, Claude, Copilot) montrent vite leurs limites face aux exigences de la profession : confidentialité des données, fiabilité juridique, respect du secret professionnel. Autant de contraintes que ces solutions généralistes ne sont pas conçues pour adresser.

Face à ce défi, Septeo a opéré un virage stratégique : abandonner la logique du « chatbot IA » pour développer une véritable « Intelligence Métier » – des Agents IA 100 % souverains, nativement intégrés dans Secib, co-construits avec les cabinets.

Erwann Michel, Directeur Marketing, et Laurent Wagenheim, Directeur Produit, nous ouvrent les coulisses de cette technologie : comment ces Agents sont conçus, testés, déployés avec des avocats… non pas pour les remplacer, mais pour décupler leur efficacité.

L'Intelligence Métier : une vision ancrée dès les origines de Brain

Face aux IA grand public, quelle a été la philosophie de Septeo en créant sa propre technologie ?

Erwann Michel : L'arrivée de modèles très puissants comme Claude ou Copilot a bousculé le marché. Nous aurions pu nous contenter d'intégrer l'un d'eux. Nous avons fait l'inverse : développer notre propre technologie, Brain, en totale autonomie, avec un parti pris de souveraineté européenne dès le départ.

Les IA généralistes posent des problèmes évidents pour les cabinets : confidentialité non garantie, fiabilité juridique aléatoire ces modèles sont majoritairement entraînés sur du droit anglo-saxon, pas sur le droit civil français, et aucune adaptation aux processus spécifiques d'un cabinet. Elles ne sont pas conçues pour la profession : elles ignorent ses contraintes déontologiques, ses workflows, sa terminologie.

Notre point de départ a toujours été de ne pas « faire de l'IA pour faire de l'IA », mais de proposer de l'« Intelligence Métier » : une IA capable de répondre à des cas d'usage concrets, dans le respect des contraintes déontologiques de la profession.

Laurent Wagenheim : C'est exactement pour cela que la co-construction avec les cabinets a été centrale dès le début. Dès Brain v2, nous passions des journées entières avec les cabinets pour identifier leurs cas d'usage prioritaires. Notre rôle est de construire le logiciel sur la réalité des process métiers, et non l'inverse.

Cette IA a-t-elle pour vocation de se substituer au travail de l'avocat ?

Erwann : Absolument pas. L'objectif n'est pas de remplacer l'avocat, qui reste le seul habilité à délivrer du conseil et à engager sa responsabilité professionnelle. L'IA agit comme un catalyseur pour le rendre plus puissant. Elle est proactive, mais c'est toujours l'avocat qui valide l'action finale.
Laurent : Nous concevons l'Agent comme un « rôle » doté d'aptitudes et de capacités spécifiques, à qui l'avocat donne des instructions. Et nous refusons délibérément le modèle d'Agents 100 % autonomes qui communiqueraient uniquement entre eux : cela ouvrirait la porte à une dégradation progressive de l’information génératrice d'erreurs. Avec notre approche, l'humain reste toujours dans la boucle.

Les coulisses de la fabrication : 53 agents, zéro approximation

Comment s'est organisée la collaboration entre vos développeurs et les experts juridiques pour définir le catalogue des 53 agents ?

Erwann : Nous aurions pu en proposer des centaines. Nous avons préféré 53 agents testés, approuvés par des experts, dont nous sommes certains qu'ils génèrent de la valeur ajoutée, plutôt qu'une longue liste d'agents inexploitables.
Laurent : C'est un processus très itératif, ancré dans le terrain. Un comité se réunit tous les quinze jours pour cibler les cas d'usage remontés par nos formateurs depuis les cabinets. Ensuite, des juristes testent les modèles en interne sur des documents réels. Si les résultats sont conformes, le modèle intègre la bibliothèque. Si ce n'est pas le cas, on recommence.

Comment garantissez-vous le respect du secret professionnel et la lutte contre les hallucinations ?

Erwann : L'infrastructure garantit une étanchéité absolue entre les données des clients, des cabinets, et même au sein des dossiers. Par ailleurs, pour éviter l'invention de fausses jurisprudences (le risque d'hallucination le plus redouté par la profession), l'IA effectue ses recherches exclusivement sur les documents internes du cabinet.
Laurent : J'ajoute un point essentiel : nos modèles ne s'entraînent jamais sur les documents des cabinets pour s'améliorer. L'Agent est strictement confiné au contexte du dossier ouvert. Lorsque des agents dialoguent entre eux, cela se fait dans le périmètre de ce cabinet et de ce dossier uniquement – jamais au-delà.

L'intégration native : ce que ça change au quotidien

Qu'est-ce que l'intégration native des Agents IA dans Secib change concrètement pour l'utilisateur ?

Laurent : L'IA ne se contente pas de lire de l'information : elle interagit pour produire des résultats exploitables. Par exemple, un Agent peut extraire des données clés d'un document et proposer de créer directement les fiches des personnes physiques ou morales dans le dossier. Ce n'est plus du copier-coller assisté : c'est une action dans le logiciel.

Un autre point fondamental : la traçabilité. Chaque réponse générée est accompagnée de « balises de sources ». L'utilisateur peut vérifier instantanément d'où provient l'information. Le raisonnement de l'Agent est toujours consultable, ce qui est indispensable pour un avocat qui engage sa responsabilité.

Comment cette technologie permet-elle d'uniformiser les pratiques au sein d'un cabinet ?

Laurent : C'est l'un des effets les plus structurants. Sans outil commun, chaque avocat finit par utiliser une IA généraliste dans son coin – avec tous les risques que cela implique en termes de confidentialité et d'homogénéité. Là, une fois qu'un formateur a aidé à identifier un besoin (dans le recouvrement, par exemple, qui est très chronophage), le modèle est déployé à l'ensemble des utilisateurs du cabinet.

Au-delà de l'efficacité pure, l'IA soulage la charge cognitive. Elle permet de détecter ce qu'un cerveau humain submergé n'aurait pas vu : des incohérences en croisant les pièces d'un dossier, des engagements pris dans des emails mais jamais suivis d'effet. C'est discret, mais profondément utile.

Vous développez un « Agent IA capable de créer d'autres agents ». Comment cela fonctionne-t-il pour un avocat qui ne sait pas coder ?

Laurent : L'idée est de supprimer la barrière du prompt engineering. Cet Agent-générateur va s'autoconfigurer pour formuler les requêtes de la manière la plus optimisée possible. Le travail préalable de l'avocat se concentre alors uniquement sur ce qu'il connaît : identifier les documents dont il a besoin et l'objectif qu'il veut atteindre. Le reste, c'est la machine qui le gère.

Le cabinet de demain : industrialisation et souveraineté

Quelle est la vision de Septeo sur l'évolution de vos logiciels pour accompagner ce basculement ?

Erwann : Nous vivons un basculement industriel. Les interfaces de nos logiciels, jusqu'à l'architecture des dossiers, vont être totalement repensées pour s'adapter à cette intégration native des Agents. Ce n'est pas un ajout de fonctionnalité : c'est une refonte de la façon dont le logiciel métier fonctionne.

Notre ambition est claire : devenir le leader européen de l'Intelligence Métier, avec trois piliers : la compréhension des verticales métiers intégrée dans un workflow, la souveraineté européenne, et notre capacité à rendre les pratiques scalables. Quand Septeo déploie une innovation, elle devient opérationnelle pour 7 500 cabinets d'avocats. C'est cette échelle qui fait la différence.

Le mot de la fin

L'intelligence artificielle en cabinet d'avocats n'est plus un gadget conversationnel : elle entre dans une phase d'industrialisation où des Agents exécutent des processus métiers complets. Septeo affirme sa volonté de rester un acteur européen indépendant – étanchéité absolue des données, secret professionnel garanti, contrôle toujours entre les mains de l'avocat.

En confiant la charge mentale et administrative à la machine, l'avocat retrouve sa véritable place : celle du stratège et du conseiller exclusif de son client.

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