
Avons-nous vraiment besoin d’être les « plus massifs » en termes d’investissement ?
Notre vocation est plutôt d’être les plus fiables, les plus utiles, les plus respectueux des citoyens qui, chaque jour, vivent et travaillent au travers de nos logiciels.
Depuis des années, l’Europe cherche ses champions technologiques. Elle oscille entre l’imitation des « géants américains » et la peur d’être dépassée, voire submergée, par l’Asie. Pendant ce temps, nous oublions un fait majeur : les éditeurs de logiciels européens sont devenus le socle invisible mais essentiel de notre économie du quotidien.
Ce sont eux qui orchestrent, gèrent et pilotent la très grande partie de la vie numérique de nos entreprises dans tous les secteurs d’activité : santé, emploi, juridique, immobilier, comptabilité, services de proximité, hospitalité, éducation, finance, retail etc.
Et c’est là que se joue la véritable bataille.
L'enjeu ne sera sans doute pas de produire des modèles de langages toujours plus gigantesques sur des infrastructures toujours plus énergivores, mais de développer des modèles GenAI ciblés, affinés à partir de données propres à un domaine, une fonction, ou un processus métier précis.
Ces DSLM (Domain Specific Langage Models) sont bâtis sur une connaissances métier profonde, à partir de techniques comme le RAG, le fine tuning ou l’ingénierie de prompts. Dans les métiers juridiques par exemple, ces modèles améliorent déjà la qualité et la fiabilité des opérations quotidiennes. Ils seront maitrisés par ceux qui font l'économie réelle de nos nations : les grands industriels du logiciel européens, experts de chaque domaine.
En France, des milliards d’euros sont investis par nos entreprises de logiciels et particulièrement les plus grandes d’elles : Dassault System, Cegid, Septeo, Murex, Sogedim, Silae, … Et d’autres encore.
Mais qui les connait ? Qui réalise qu’elles sont les garantes de notre souveraineté par la maitrise de nos données et par leur capacité à faire « tourner l’économie réelle » au quotidien ?
Le progrès ne se mesure pas seulement en milliard de dollars. Il se mesure aussi de façon pragmatique : dans notre capacité à organiser une société plus performante dans chaque domaine d’activité, grâce à des acteurs spécialisés, capables de fournir des solutions modernes et parfaitement adaptées aux professionnels qu’ils accompagnent (jusqu’à des agents IA pilotant des processus métier complets).
C’est par la qualité des services rendus (accueil, rapidité, sécurité, …), associée à la confiance qu’ils inspirent dans la gestion des données, que les citoyens jugeront la pertinence du progrès technologique. Dans les métiers régulés, notamment juridiques, l’IA ne peut avoir d’impact qu’à condition de renforcer la sécurité, la traçabilité et la conformité des processus — jamais de les affaiblir.
Le logiciel européen et ses industriels portent ainsi une responsabilité systémique.
La souveraineté numérique n’est pas un slogan : c’est un enjeu. Un enjeu économique, social et démocratique.
Plutôt que de regretter de ne pas participer à la course au gigantisme – A quand un véritable marché des capitaux européens ? – encourageons et mettons en lumière nos grands éditeurs français et européens du software, qui se battent et investissent massivement pour construire les DSLM de demain et garantir notre autonomie stratégique.
L’Europe peut choisir une autre voie : celle d’un numérique plus incarné, utile à la performance économique, renforçant les écosystèmes de chaque filière et porté par celles et ceux qui comprennent les usages et protègent les citoyens.
Hugues Galambrun
PDG & fondateur de Septeo